Dans leurs analyses des législatives italiennes, qui confirment la survenue de la société civile comme acteur politique à part entière, les médias omettent un fait qui les concerne : les électeurs leur ont également volontairement tourné le dos. Le comique et blogueur Beppe Grillo, dont le Mouvement 5 Etoiles (M5S) est devenu le premier parti italien et la troisième force derrière les coalitions de droite et de gauche, a fait campagne contre les télévisions, leur interdisant l’accès à ses meetings et refusant leurs invitations et leurs interviews. Quant au retour de Silvio Berlusconi, bête noire des journalistes, il n’est pas besoin de faire un dessin pour faire comprendre que sa victoire est aussi leur défaite. En fait, les Italiens ont rejeté massivement une caste politico-médiatique, qui ressemble beaucoup à ce qui existe également en France. La « révolution civique » dont se réclame Grillo illustre à sa manière  « l’insurrection civique » que j’annonçais dans De l’urgence d’être réactionnaire (PUF, J’ai Lu). Une société abandonnée par ses élites ne peut que produire ces « indignés ». Ils n’ont rien de commun avec ceux que Stéphane Hessel, mort ce mercredi à 95 ans, voulait mobiliser prioritairement contre Israël dans sa politique à l’égard des Palestiniens.Mardi, lors de sa rentrée politique, François Fillon à son tour a évoqué le risque  d’une « conflagration civique » qui balaierait un monde politique incapable de se réformer. Les nerfs sont à vif, en effet, quand les impôts assomment les ménages tandis que l’Etat refuse de maigrir, quand le chômage augmente deux fois plus que sous Nicolas Sarkozy, quand le gouvernement ne tient pas ses promesses les plus solennelles, quand les médias prennent des vessies pour des lanternes, quand la sottise moutonnière fait soudainement de Marcela Iacub un grand écrivain au prétexte qu’elle déshumanise DSK (transformé en cochon) tandis que Richard Millet est contraint à l’exil intérieur pour avoir dit ses répulsions face à l’ensauvagement du monde. Ce mercredi, Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a jugé irrecevable la pétition citoyenne contre le mariage homosexuel, soutenue par 700.000 signataires, en dépit de la réunion des « conditions de nombre et de forme ». Frigide Barjot, pur produit de cette société civile qui s’éveille aussi en France grâce aux réseaux sociaux, n’est pas Beppe Grillo. Mais son appel à manifester le 24 mars à Paris trouve chaque jour de nouvelles raisons pour que le peuple excédé descende dans la rue.Je participerai, jeudi, à On refait le monde, sur RTL (19h15-20h )

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